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Chienne de Terre ? Non, Terre de chiens, par Cédric Ballarati, photographe

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Argentine
© Cédric Ballarati

Dans A Dog’s Purpose (Mes vies de chien, 2017), film à la structure palindromatique, le réalisateur américain Lasse Hallström imagine l’âme d’un chien ne cessant de se réincarner en chiens de races différentes (berger allemand, golden retriever, labrador, petit chien de compagnie…) jusqu’à retrouver son maître sous la forme d’un ultime représentant de la gent canine.

J’aime découvrir ainsi Terre de chiens, du photographe belge Cédric Ballarati, qui est un hymne aux chiens de la planète et à leurs états d’âme recueillis par un voyageur ayant attendu trente-cinq ans avant de partager sa vie avec son premier quatre-pattes.

Argentine-Ben
© Cédric Ballarati

On se souvient peut-être de l’excellent Chiens de Michel Vanden Eeckhoudt (Marval, 1997), livre drôle et terrible sur la condition des bouledogues, caniches et mâtins, bêtes des rues, pour concours de beauté, ou apprentis vétérinaires, ouvrage évoquant à travers le destin des chiens la condition humaine.

Animal totémique du photographe errant (Koudelka, Sluban, tant d’autres), le chien, menaçant, méfiant ou amical, veilleur, guetteur ou messager psychopompe, accompagne le marcheur en sa route de solitude.

Equateur-Pina
© Cédric Ballarati

Les chiens que photographie Cédric Ballarati dans ses voyages circumterrestres sont fidèles sans bassesse, ni ironie, ou indépendants, sans hargne.

Ils sont là, dans une station essence en Argentine, ou dans la rue péruvienne au Pérou près de la soldatesque, font partie du paysage, adaptés au climat, savants de la pampa ou du macadam, et très malins dans l’art de la chaparde.

Equateur-Jaco
© Cédric Ballarati

Ils s’appellent Ben, Lelia, Leo, Pina, Momo ou Roy, ne disent rien, mais n’en pensent pas moins.

Que voient-ils ? A quoi rêvent-ils ? Que se pensent-ils ?

Pérou-Giorgio
© Cédric Ballarati

Jaco, qui vit en Equateur, se souvient du dernier Jacques Brel : « Bien sûr, les enfants ont disparu / Et le climat est déréglé / Bien sûr, les Hommes se sont perdus / Mais voir mon amie pleurer… »

Paolo, endormi près d’un policier appuyé sur son bouclier de plexiglass, est un vrai poète : « Combien de nuits sans soleil / De jours sans sommeil / Combien de vies / Combien avant le réveil / De départs avortés / De vies sabotées // Et partir / Partir avant d’avoir vu le ciel »

Savannah-Abbey
© Cédric Ballarati

Jack, chien des îles Canaries, est à n’en pas douter un ami de Kerouac : « On a râpé nos cuirs. / On a dormi n’importe où, avec n’importe qui. / On a tiré sur la corde pour rien regretter. »

Giorgio le clodo ? Un vrai prince de la rue, sapé comme un milord.

Savannah
© Cédric Ballarati

Kate la Nancéenne ? Une fashion victime : « J’ai pas besoin de 3 bandes blanches / sur un survêt pour être cool / Ouvre les yeux mon frère / Chek comme je bouge »

Alberto (dit Toto) ? Des vitamines à l’heure de la sieste.

Plum le Cap-Verdien ? Un voleur de culottes.

La vie n’attend pas, je ne suis que de passage, alors autant draguer les filles (Ruud, d’Anvers).

Pays-Bas-Bentley
© Cédric Ballarati

Ils sont joyeux, paresseux, et aimants.

Les voici dans la ronde des jours de Cédric Ballarati, maître idéal s’il ne prenait si souvent la poudre d’escampette, pour les quatre coins du monde.

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Cédric Ballarati, Terre de chiens, textes de l’auteur, autoédition, 2019, 96 pages en quadrichromie sur papier 170 g/m2 – Munken Polar Rough -, reliure suisse – 1000 exemplaires